Le mois dernier, le CRTC, l'organisme de réglementation des télécommunications du Canada, a lancé une consultation en ligne sur les pratiques de gestion du trafic Internet et a invité les Canadiens à donner leur opinion sur la question. Ces pratiques de gestion du trafic, aussi appelées mise en forme du trafic (traffic shaping), désignent les mécanismes mis en place par certains fournisseurs de services Internet (p. ex., Bell, Rogers et Telus) pour contrôler le trafic Internet sur leur réseau. Même s'il fait rarement les manchettes, c'est un sujet vivement débattu, au cœur de la bataille en cours sur la neutralité du Net.
Les partisans de la mise en forme du trafic soutiennent qu'une telle intervention est nécessaire au bon entretien des réseaux et pour s'assurer que certaines activités en ligne (p. ex., la téléphonie IP et le partage de fichiers poste à poste) n'accaparent pas les ressources du réseau. Les critiques, eux, affirment que ces pratiques violent les principes de la neutralité du réseau, des principes qui ont fait d'Internet le lieu d'innovation qu'il est aujourd'hui.
La neutralité du réseau repose sur le principe que les fournisseurs de services Internet n'ont pas le droit d'exercer un contrôle sur l'information qui circule sur leur réseau. Cela signifie qu'un FSI ne peut pas bloquer arbitrairement l'accès à un site Web, comme Telus l'a fait en juillet 2005, ni ralentir le trafic vers un site Web ou un service en ligne en particulier, comme le bridage de la bande passante poste à poste par Bell, qui ralentit l'accès à des services comme Skype et BitTorrent. Bref, toute personne qui se connecte à Internet devrait avoir un accès égal à n'importe quel site Web ou service, peu importe ce qu'en pense le FSI.
Travaillant chez Raincity Studios, je suis très conscient du fait que mon emploi et cette industrie n'auraient peut-être pas existé sans les principes de la neutralité du réseau. Drupal, le système de gestion de contenu libre développé par une communauté de personnes du monde entier engagées envers l'ouverture, est un excellent exemple de l'innovation que rend possible Internet. Alors que les FSI veulent influencer la façon dont Internet est utilisé, c'est justement le fait que notre utilisation soit sans restriction qui a donné aux gens la liberté d'imaginer de nouvelles idées et de les concrétiser. Tim Berners-Lee n'aurait jamais pu prédire l'étonnante variété d'applications qui utilisent Internet aujourd'hui, mais en concevant le réseau pour qu'il soit ouvert, il a permis à n'importe qui de devenir une source potentielle d'innovation. C'est pour cette raison que je suis personnellement en faveur de la neutralité du Net. Sans ces protections, nous n'aurions pas, comme l'a décrit Lawrence Lessig, les « biens communs de l'innovation » que nous avons aujourd'hui.
Mais rien ne garantit que ces biens communs subsisteront si nous ne sommes pas prêts à les protéger. Ne vous fiez pas seulement à mon opinion : faites vos recherches et forgez-vous votre propre idée. Il y a beaucoup d'information disponible; vous pouvez commencer par une simple recherche Google sur « net neutrality » – vous trouverez même 5 façons de vérifier si votre FSI bride votre bande passante. Voici quelques liens pour vous lancer :
- La foire aux questions de CBC sur la neutralité du Net
- Un billet instructif de Michael Geist – tout son site Web vaut le détour
- Netutrality.ca – Une ressource en faveur de la neutralité du Net
- What is Net Neutrality – Un projet de recherche de CRACIN
- Save our Net – Une coalition de citoyens, d'entreprises et de groupes d'intérêt public
- Le groupe Facebook Canadians for Net Neutrality
Et vous pouvez en faire plus! Trouvez comment joindre votre député local (ici) et écrivez-lui une lettre, envoyez-lui un courriel ou appelez-le – tout ce qui peut lui faire savoir que vous êtes préoccupé par ce qui se passe.
Et bien sûr, participez au forum public. La consultation en ligne du CRTC sera ouverte jusqu'au 30 avril 2009. Après la clôture du forum, une transcription complète des fils de discussion sera versée au dossier public de l'audience qui commence le 6 juillet 2009. Même s'il est difficile de savoir comment le CRTC utilisera réellement les commentaires recueillis dans le forum, votre participation encouragera à tout le moins de futures consultations du public de ce genre.