Bien des propriétaires d'entreprise au Québec avaient inscrit le 1er juin à leur calendrier cette année, certains avec une certaine inquiétude. C'est à cette date que les dernières dispositions importantes de la Loi 96 sont entrées en vigueur, trois ans après l'adoption de la loi elle-même en 2022. Cet été, les discussions ont surtout porté sur l'affichage et les marques de commerce. Si une devanture affiche un nom de marque en anglais, le français doit désormais y être nettement prédominant, ce qui signifie en pratique que le texte français occupe au moins deux fois plus d'espace.
Les sites Web n'ont pas été au centre de l'attention, puisqu'ils sont visés par les règles depuis un certain temps déjà. L'échéance de juin a néanmoins suscité des questions sur les sites aussi, et c'est du côté Web que nous observons le plus de petites erreurs. Cet article présente les éléments que nous examinons.
Cet article fournit de l'information générale et ne constitue pas un avis juridique. Il reflète ce que surveille un concepteur de sites Web soucieux de la qualité du français.
Qu'exigent les règles sur la langue française pour un site Web?
Le contenu commercial du site doit être offert en français. La Charte de la langue française considère le site Web d'une entreprise comme un document commercial, au même titre que les catalogues et les brochures. La règle de base est donc claire : toute entreprise qui exerce ses activités au Québec doit offrir en français le contenu commercial de son site.
D'autres langues sont permises, et l'anglais est bienvenu. Ce que la Loi 96 a resserré, c'est la condition : la version française doit être au moins aussi accessible que l'autre langue, et d'une qualité comparable. Une page française plus mince qui renvoie au « vrai » site en anglais ne répond pas à cette exigence, pas plus qu'une page d'accueil en français suivie de pages en anglais partout ailleurs.
L'Office québécois de la langue française est chargé de l'application. La plupart des dossiers commencent par une plainte : une personne constate un problème et le signale, puis l'OQLF communique avec l'entreprise et lui demande de corriger la situation dans un délai donné. La plupart des dossiers se règlent à cette étape. Les autres peuvent coûter cher. Depuis 2022, les amendes pour une entreprise commencent à 3 000 $ par infraction et peuvent atteindre 30 000 $, et elles doublent puis triplent en cas de récidive.
Pour un petit commerce de la Petite-Nation, l'amende n'est toutefois pas le risque principal. Le risque principal est le client qui écrit en français, arrive sur une page en anglais et se tourne vers un concurrent sans le dire.
Qu'est-ce qui a changé le 1er juin?
Par souci d'exhaustivité, puisque ces changements expliquent pourquoi la Loi 96 a fait l'objet de nombreuses discussions cet été :
- L'affichage visible de l'extérieur qui comprend une marque de commerce dans une autre langue doit désormais présenter un français nettement prédominant : deux fois l'espace, avec une lisibilité semblable.
- Si la marque d'un produit comprend des termes génériques ou une description dans une autre langue, ces mots doivent figurer en français sur l'emballage. Une période de grâce s'applique jusqu'au 1er juin 2027 pour les produits fabriqués avant l'échéance.
- Les entreprises de 25 employés ou plus au Québec doivent désormais s'inscrire auprès de l'OQLF aux fins de la francisation. Jusqu'en juin, le seuil était de 50.
Aucune de ces règles ne vise le site Web comme tel. Une entreprise qui refait son enseigne en raison de ces changements a toutefois une bonne occasion d'examiner son site avec la même attention.
Quel contenu faut-il traduire?
Tout le contenu commercial. C'est sur ce point que la plupart des petits sites présentent des lacunes, généralement sans intention.
Le site est conçu dans une langue. Quelqu'un traduit la page d'accueil, les libellés du menu, et peut-être la page de contact. Le reste demeure inchangé : les descriptions de produits, les conditions de réservation, le blogue, la liste de prix en PDF, le message d'erreur du formulaire, le courriel de confirmation envoyé après un achat.
Chacun de ces éléments est du contenu commercial, et chacun représente le moment où un client francophone constate si l'engagement de l'entreprise envers le français est réel.
Voici les points que nous vérifions sur tout site québécois :
- Chaque page de la version anglaise a son équivalent en français, et le sélecteur de langue mène à la page correspondante, et non à la page d'accueil française.
- Les formulaires, les messages d'erreur et les courriels automatiques sont également en français.
- Les documents téléchargeables existent en français.
- Le texte français a été rédigé ou révisé par une personne qui parle le français d'ici, plutôt que copié d'un outil automatique et laissé tel quel.
- Le site s'ouvre en français par défaut pour les visiteurs du Québec, ou à tout le moins ne dissimule pas la version française.
La traduction automatique mérite une attention particulière. La traduction par IA est actuellement suffisante pour une première version, mais pas pour une publication sans révision. Elle tend à produire un français de France, ou un français rigide de manuel scolaire que personne à Papineauville n'emploierait dans une conversation. Les Québécois le remarquent immédiatement, et le texte donne l'impression d'un manque d'effort.
Nous recommandons de l'utiliser pour gagner du temps, puis de faire lire le texte à voix haute par une personne de la région et de corriger tout passage qui sonne faux.
Le bilinguisme peut-il être un avantage commercial?
Oui, lorsqu'il est bien réalisé. Ici, la loi et la logique commerciale vont dans le même sens.
Dans la Petite-Nation, la majorité de la clientèle à l'année parle français. Une part importante des villégiateurs, des touristes et des nouveaux arrivants d'Ottawa ou de Montréal parle anglais, ou le préfère. Une entreprise qui sert bien ces deux groupes dispose d'un marché plus large qu'une entreprise qui en sert un et se contente de tolérer l'autre.
C'est aussi plus avantageux pour la recherche. Deux versions complètes, configurées correctement pour que Google distingue chaque page, permettent à une entreprise d'apparaître dans les recherches dans les deux langues. Un site à moitié traduit n'apparaît vraiment dans aucune. C'est notre priorité en rédaction bilingue : le français et l'anglais doivent chacun se lire comme s'ils avaient été rédigés pour leur propre public.
Nous considérons le français comme la porte d'entrée principale. L'anglais constitue une deuxième porte, et un atout appréciable.
Comment vérifier un site Web bilingue?
Page par page. Une entreprise a peut-être refait son enseigne au printemps. Ce que nous constatons encore régulièrement sur des sites de la région, c'est la version Web du même problème : une page d'accueil en français placée sur un site en anglais, un formulaire de réservation qui change de langue en cours de route, un menu français qui accuse deux saisons de retard sur le menu anglais.
Dans la plupart des cas, il n'y a aucune mauvaise foi. Le site n'a simplement jamais été révisé au complet, page par page.
Nous recommandons donc de parcourir tout le site page par page, les deux langues côte à côte, et de cliquer sur chaque bouton. L'exercice prend un après-midi, et l'effort en vaut la peine.