Pendant la plus grande partie de l'histoire du canot-camping au pays, partir signifiait couper toute communication. On laissait un plan de route à un proche, on indiquait une date de retour et une consigne : en l'absence de nouvelles le dimanche soir, appeler le parc.
Ce n'est plus le cas. Sur de nombreux lacs cet été, au moins une personne par groupe portait un petit boîtier orange accroché à une bretelle de sac, qui permet d'envoyer des textos depuis les endroits les plus isolés.
Être injoignable est devenu un choix, et ce changement mérite réflexion.
Que fait un messager satellite ?
Un messager satellite est un petit appareil qui communique avec des satellites plutôt qu'avec des tours cellulaires. Le plus connu actuellement est le Garmin inReach. DeLorme a lancé l'inReach vers 2011, et Garmin a acquis DeLorme en 2016 en conservant le nom. L'appareil fonctionne sur le réseau Iridium, qui couvre toute la planète, pôles compris. D'autres appareils existent : les appareils SPOT, apparus plus tôt, fonctionnent différemment, et les anciens modèles SPOT pouvaient surtout envoyer des messages, et non en recevoir.
C'est la communication bidirectionnelle qui change la donne. Avec un inReach, il est possible :
- d'envoyer et de recevoir de courts textos de n'importe où, pourvu que le ciel soit dégagé;
- d'appuyer sur un bouton SOS qui vous relie à un centre d'intervention d'urgence ouvert jour et nuit, lequel coordonne ensuite les opérations avec les services locaux de recherche et sauvetage;
- de partager votre tracé, afin que vos proches suivent votre position sur une carte;
- de demander une prévision météo de base pour l'endroit exact où vous vous trouvez.
Un abonnement s'ajoute au prix de l'appareil, et les forfaits varient considérablement selon le volume de messages. La page des communicateurs satellites de Garmin présente les modèles et les forfaits. Nous recommandons de lire attentivement les conditions : certains forfaits permettent de suspendre le service hors saison, d'autres non.
Quelle est la véritable valeur d'un messager satellite ?
Le bouton d'urgence et les prévisions météo. La messagerie retient l'attention, mais ce sont ces deux fonctions qui justifient de transporter l'appareil.
L'utilité du SOS est évidente. Sur un long parcours de canot, on peut se trouver à une journée ou plus de pagaie et de portage du chemin le plus proche. Une cheville cassée dans un portage, un chavirement en eau froide en septembre ou un problème médical peuvent survenir. Sans appareil, une personne doit pagayer pour aller chercher de l'aide, ou le groupe attend d'être en retard en espérant que les recherches commencent au bon endroit. Avec un appareil, il suffit d'appuyer sur un bouton : le centre d'intervention reçoit vos coordonnées et peut vous écrire pour connaître la nature de l'incident.
L'appareil ne rend pas l'arrière-pays sécuritaire, mais il réduit considérablement l'isolement en cas de problème.
Les prévisions météo sont sous-estimées. Sur les grands lacs, le vent détermine le déroulement de la journée. Une prévision annonçant un fort vent d'ouest après le dîner indique qu'il faut traverser la grande étendue à découvert dès le matin, ou rester sur place. Lors de nos premiers voyages, il y a une trentaine d'années, recevoir une prévision sur un lac sans signal aurait relevé de la science-fiction.
Comment éviter l'inquiétude inutile de vos proches ?
En convenant des heures de nouvelles avant de partir. Un problème est rarement mentionné : dès que vos proches savent que vous pouvez écrire, ils s'attendent à recevoir des messages.
Par exemple, vous envoyez un message chaque soir pendant trois jours, puis rien le quatrième soir. La situation est angoissante pour la personne qui attend. Vous avez peut-être oublié, la pile était peut-être faible, ou vous campiez sous un couvert forestier dense qui a empêché l'envoi du message. Elle ne peut pas le savoir. L'appareil censé rassurer tout le monde peut ainsi provoquer de l'inquiétude.
La solution est simple et ne fait appel à aucune technologie. Avant le départ, établissez des règles claires, par exemple : un message préenregistré « tout va bien » chaque soir; un message manqué ne doit pas inquiéter; après deux messages manqués, appeler un numéro précis. Consignez ces règles sur papier.
Laissez également votre plan de route de la façon traditionnelle. L'appareil est un outil; il ne remplace pas le plan.
En quoi être joignable change-t-il le voyage ?
Cette question n'a pas de réponse unique.
Une partie de la valeur d'une expédition en arrière-pays tient à l'isolement. L'attention se concentre sur le lac, la météo et les personnes dans le canot. La présence dans le sac d'un appareil susceptible de vibrer à la réception d'un message du bureau ou du groupe de discussion familial réduit cette concentration. Même s'il ne vibre jamais, on sait qu'il pourrait le faire.
Certaines personnes apprécient cette disponibilité : elles préfèrent être joignables et détendues plutôt qu'isolées et inquiètes, ce qui se comprend, notamment lorsque des enfants font partie du voyage. D'autres estiment que l'essence même du voyage disparaît. Les deux positions sont légitimes. L'important est de faire ce choix de façon délibérée, et non par défaut.
Quel degré de disponibilité choisir ?
Voici quelques configurations efficaces :
- Laisser l'appareil allumé pour le suivi et le SOS, mais ne consulter les messages qu'une fois par jour, le soir.
- Indiquer au bureau que vous n'avez aucun moyen de communication, sans communiquer l'adresse de l'appareil.
- Utiliser uniquement des messages préenregistrés, sans véritable conversation depuis le lac.
Pour une petite entreprise, la vraie question est ce qui arrive aux clients pendant votre absence. La réponse ne devrait pas être de leur répondre depuis le canot, mais plutôt une réponse automatique claire, un système de réservation qui fonctionne sans vous et une personne en mesure de traiter les véritables urgences. Mettre en place ce type d'automatisation simple avant le départ est beaucoup moins stressant que de taper des réponses sur un minuscule clavier sous la pluie.
Les téléphones ordinaires permettront-ils bientôt les textos par satellite ?
Selon les tendances observées, c'est probable. À la fin de l'été, une rumeur annonçait que le nouvel iPhone pourrait envoyer des messages par satellite. Apple a présenté l'iPhone 13 cette semaine, sans cette fonction. Elle n'est donc pas encore offerte.
Il serait toutefois étonnant qu'elle n'apparaisse pas d'ici quelques années, chez Apple ou chez un autre fabricant. Les messagers dédiés resteront pertinents pour les longues expéditions, en raison de l'autonomie de leur pile, de leur robustesse et de leur conception adaptée à cet usage précis. Néanmoins, l'idée d'être complètement hors d'atteinte dès que l'on quitte le dernier chemin est en voie de disparaître.
Ce changement sera précieux en cas d'urgence, même s'il modifie l'expérience de l'arrière-pays le reste du temps.