Nous vivons à Montréal depuis le début de la pandémie et, comme l'ensemble des Montréalais, avons passé l'essentiel de cette période à l'intérieur.
Après une décennie passée en grande partie sur des îles, la transition a été marquée : un couvre-feu levé seulement à la fin de mai, des écrans toute la journée, et la vue sur l'immeuble d'en face plutôt que sur l'océan.
Cet été a donc été l'occasion de renouer avec le camping en canot : charger l'embarcation, partir sur l'eau et rester pratiquement injoignable pendant quelques jours. L'expérience s'est révélée aussi familière qu'au premier jour.
Pourquoi le canot-camping connaît-il un tel essor au Québec ?
Parce que les lacs sont le seul endroit qui n'a jamais fermé. De nombreuses activités demeurent fermées, partiellement ouvertes, ou accessibles seulement avec réservation, masque et file d'attente. Les voyages à l'étranger sont pratiquement exclus pour les Canadiens, et les restaurants ont ouvert puis fermé au rythme des vagues.
Les lacs, eux, sont restés accessibles.
De nombreuses personnes ont fait le même choix. L'engouement pour le plein air a commencé l'été dernier et ne faiblit pas. Les sites de réservation des parcs sont pris d'assaut dès l'ouverture des réservations. Les canots à vendre sont devenus rares. Des terrains de camping qui avaient de la place un mardi affichent maintenant complet. Le nombre de supports sur les toits des voitures aux descentes de bateaux, la fin de semaine, en témoigne.
Cette tendance est l'une des rares retombées positives de la période actuelle. De nombreux citadins qui n'avaient jamais dormi sous la tente apprennent à le faire. Certains n'y prendront pas goût; d'autres en feront une activité pour le reste de leur vie.
Qu'est-ce qui a changé en trente ans de canot-camping ?
Notre premier voyage en canot a eu lieu dans le parc Algonquin, il y a une trentaine d'années, avec des cartes papier, une boussole et un sens de l'aventure sans doute supérieur au niveau d'habileté du groupe.
Algonquin est le plus ancien parc provincial de l'Ontario, créé en 1893, et pour de nombreux Canadiens, c'est là que commence le canot-camping : des lacs reliés par des portages, et une carte qui indique le sentier, mais pas son état. On y apprend à lire une rive, à anticiper le vent et à planifier en fonction de la météo, puisqu'il n'y a personne à qui demander conseil.
Ce qui frappe au retour, trois décennies plus tard, c'est tout ce qui est resté identique : les huards au crépuscule, l'odeur d'un feu fait avec du bois un peu trop humide, les épaules endolories à la fin de la première journée. L'eau, elle, ne change pas avec les années.
Ce qui a changé se trouve presque entièrement dans la poche : le GPS sur le téléphone, le radar météo, les messagers satellites. Ce sujet fera l'objet d'un billet distinct.
Les compétences reviennent-elles après une longue pause ?
Oui, plus rapidement qu'on ne le pense. Après une longue absence, il est naturel de se demander si l'on saura encore diriger le canot, le charger pour qu'il soit bien équilibré, ou installer une toile pour que la pluie s'écoule plutôt que de s'accumuler au centre et de se déverser à deux heures du matin.
Les compétences reviennent, ni parfaitement ni d'un seul coup. La première heure sur l'eau est hésitante, avec une trajectoire parfois sinueuse. À la fin de la journée, toutefois, les coups d'aviron sont redevenus naturels.
Ce constat dépasse le canot. On suppose souvent qu'une compétence inutilisée depuis des années est perdue. La plupart du temps, elle est simplement en veille. Il suffit d'un peu de patience et d'accepter d'être débutant pendant une matinée.
Le même phénomène s'observe en plongée, chez les personnes qui reprennent l'activité après une longue pause : nerveuses à la première plongée, à l'aise dès la troisième. Il en va de même pour les entrepreneurs qui affirment ne pas être doués pour l'informatique. La plupart sont plus compétents qu'ils ne le croient; ils n'ont simplement pas eu de raison d'essayer.
Quels sont les bienfaits du voyage lent ?
Un canot avance à peu près à la vitesse de la marche, et c'est précisément son intérêt.
À ce rythme, on remarque des détails : la façon dont la lumière change sur un lac entre six et huit heures du soir, le temps que met un orage à traverser d'une rive à l'autre et la rapidité avec laquelle il faut quitter l'eau lorsqu'on le voit approcher, ou encore l'expérience d'une journée entière sans une seule notification.
Il ne s'agit pas pour autant d'une retraite de bien-être. Le canot-camping comporte aussi des insectes, des bas mouillés et des portages nettement plus longs que la carte ne le laissait croire. Toutefois, après deux ou trois jours à l'extérieur, l'agitation mentale diminue. On dort à la tombée de la nuit, on mange quand on a faim, et les décisions deviennent simples : où camper, quand traverser, et si le vent le permettra.
Après seize mois d'écrans, ce repos s'est révélé plus nécessaire que prévu.
Quels sont les besoins des petits pourvoyeurs cet été ?
Ce retour a aussi permis de porter un regard nouveau sur les entreprises qui rendent ces voyages possibles : le pourvoyeur qui loue le canot et les barils, le camping familial au bout d'un chemin de gravier, la personne qui assure la navette jusqu'au point de départ pour éviter de devoir revenir en pagayant jusqu'à la voiture. Il s'agit pour la plupart de très petites entreprises, souvent dirigées par des personnes qui préfèrent de loin être sur l'eau plutôt que de mettre à jour un site Web, ce qui est tout à fait compréhensible.
Cet été, cependant, elles reçoivent des appels et des messages d'une vague de nouveaux clients qui n'ont jamais pratiqué l'activité et qui consultent tout sur leur téléphone au préalable. Or, bon nombre de ces entreprises ont une présence en ligne limitée, voire inexistante : une page Facebook mise à jour il y a deux saisons, ou un numéro qui aboutit à la boîte vocale parce que toute l'équipe est sur le lac.
Celles qui disposent d'un site, même simple, présentant les prix, une carte, la liste du matériel à apporter et la façon de réserver, s'épargnent un grand nombre d'appels. Pour beaucoup d'entre elles, des sites Web simples pour petites entreprises seraient plus utiles que toute solution sophistiquée.
Pour les personnes qui ne sont pas allées sur un lac depuis longtemps, une location de canot pour un après-midi constitue un bon point de départ avant d'envisager une expédition. Les compétences sont toujours présentes.