L'Indonésie vote dans trois semaines, et l'effet est visible sur chaque téléphone. Les groupes WhatsApp dont nous faisons partie, notamment l'équipe de plongée, les fournisseurs et les voisins, diffusent désormais un flot continu de captures d'écran, de messages vocaux et de vidéos « transférées ». Une partie de ce contenu est exacte; une bonne partie ne l'est pas. La plupart de ces messages arrivent sans source, sans date et avec de nombreux points d'exclamation.
En janvier, WhatsApp a limité les transferts à cinq conversations à la fois, partout dans le monde. À peu près au même moment, YouTube a annoncé qu'il réduirait les recommandations de vidéos de remèdes miracles et de théories de la Terre plate. Deux des plus grandes plateformes ont reconnu le même problème le même mois : leurs systèmes sont très efficaces pour diffuser du contenu, mais beaucoup moins pour déterminer s'il est vrai.
Dans cette région, WhatsApp fait office de principal système téléphonique. Toutes les entreprises en dépendent, tout comme toutes les rumeurs.
Les fils d'actualité sont-ils neutres?
Très peu de gens voient encore les publications dans l'ordre où elles ont été publiées. Facebook, Instagram, YouTube et Twitter classent tous le contenu selon ce qui, d'après leurs prédictions, suscitera une réaction : clics, commentaires, partages et durée de visionnement. En principe, c'est raisonnable. En pratique, le contenu qui provoque la colère ou la peur génère davantage de toutes ces réactions.
Le fil apprend donc à en présenter davantage. Personne dans ces entreprises n'a eu à décider que l'indignation était bonne pour les affaires; ce sont les indicateurs qui ont produit ce résultat, un petit test après l'autre.
Les utilisateurs jouent aussi un rôle souvent négligé : ce sont eux qui entraînent le système. Chaque arrêt sur une manchette alarmante compte comme un signal. L'algorithme ne suit pas un plan d'ensemble; il reflète le comportement des utilisateurs tout en amplifiant certaines tendances.
Ce constat est inconfortable, mais il est aussi utile, car une partie de la solution réside dans les habitudes individuelles plutôt que dans l'attente d'une correction de la part de l'industrie technologique.
Comment vérifier ce que l'on lit et ce que l'on partage?
La routine suivante est volontairement simple. Elle peut être appliquée dans le temps qu'il faut pour appuyer sur « partager », et elle ne requiert aucun outil particulier.
Qui l'a publié?
Avant de lire le contenu, vérifiez qui l'a publié. Le nom vous est-il familier? Y a-t-il une page « À propos », une adresse, de vraies personnes? Une grande partie du contenu peu fiable ne passe pas cette étape. Un site au nom évoquant un média, sans auteur et dont le nom de domaine a été enregistré le mois dernier n'est pas un journal régional, même si la manchette paraît identique dans le fil.
Dans les groupes de clavardage, le problème est plus important, car il n'y a souvent aucune source, seulement une capture d'écran d'une capture d'écran. Nous appliquons une règle simple : pas de source, pas de partage.
Quand a-t-il été publié?
Le contenu périmé induit plus de gens en erreur que les fausses nouvelles proprement dites : une véritable histoire d'il y a trois ans qui circule comme si elle datait du matin même, une ancienne photo d'inondation, une fermeture de route réglée depuis longtemps ou une hausse de prix annulée par la suite. Les fils d'actualité suppriment le contexte, et la date est généralement le premier élément à disparaître. Des personnes prudentes et bien informées se font régulièrement prendre de cette façon, et nous ne faisons pas exception.
À qui l'information profite-t-elle?
Cette question est pratique et non conspirationniste : qui gagne si cette information est crue et diffusée? Parfois, c'est une entreprise qui vend un produit. Parfois, c'est une page qui entretient l'indignation pour gagner des abonnés. Parfois, personne n'en profite et il s'agit d'une erreur de bonne foi. Poser la question prend environ deux secondes, et deux secondes suffisent généralement.
Pour une approche plus structurée, le News Literacy Project offre une plateforme gratuite appelée Checkology (en anglais). Elle est conçue pour les élèves, mais ses leçons pour distinguer une nouvelle d'une opinion et repérer les photos retouchées sont utiles à tous, et bien des adultes en tireraient autant profit que leurs enfants.
Pourquoi la désinformation concerne-t-elle aussi les petites entreprises?
La plupart des analyses actuelles sur ce sujet portent sur les élections, ce qui est compréhensible. C'est la saison électorale ici, le Canada tiendra des élections fédérales en octobre, et les préoccupations sont réelles.
Les conséquences pour les entreprises méritent toutefois la même attention.
Une page d'entreprise est désormais un éditeur, que le propriétaire l'ait souhaité ou non. Lorsqu'un commerce partage une publication alarmante au sujet d'une « arnaque » locale qui s'avère fausse, son nom y est associé. Lorsqu'une entreprise touristique diffuse un chiffre erroné, les clients se souviennent de sa provenance. Sur une petite île, toute la communauté est au courant avant le dîner. La confiance prend des années à bâtir et peut se perdre en un après-midi.
L'inverse est également vrai. Une page reconnue pour sa prudence, qui partage des informations qui se révèlent exactes, se bâtit une réputation qui ne s'achète pas. Les gens se mettent à la consulter pour vérifier si une information est vraie, ce qui a une valeur considérable dans une petite communauté.
Si vous gérez la page, ou si vous confiez cette tâche à quelqu'un, nous recommandons de convenir de quelques règles de base sur ce qui peut être partagé. Une certaine discipline en gestion des médias sociaux est très efficace à cet égard. Ce qu'une entreprise partage en dit autant sur elle que ce qu'elle publie.
Quels risques se profilent?
Les photos et les vidéos ont traditionnellement servi de preuve déterminante : s'il y avait une image, l'événement avait probablement eu lieu. Cette hypothèse devient moins fiable.
L'an dernier, BuzzFeed et Jordan Peele ont diffusé une fausse vidéo d'Obama tenant des propos qu'il n'a jamais tenus, à titre d'avertissement, et elle était assez convaincante pour faire valoir leur point. Les logiciels derrière ces « hypertrucages » deviennent plus faciles à utiliser et, le mois dernier, OpenAI a annoncé qu'elle retenait un générateur de texte, GPT-2, parce qu'il rédige de fausses nouvelles convaincantes. Ensemble, ces développements affaiblissent d'année en année le critère de l'apparence d'authenticité.
Nous prévoyons que les trois questions de base prendront de l'importance : la source, la date et à qui l'information profite. Elles ne dépendent pas de l'apparence du contenu, ni de la capacité d'une plateforme à se corriger elle-même.
Personne n'est à l'abri. Les fils d'actualité sont conçus pour capter l'attention lorsque les gens sont fatigués et font défiler leur écran tard le soir, à onze heures. La protection la plus efficace consiste à établir l'habitude à l'avance, plutôt que de tenter de l'appliquer sur le moment.