Les bateaux de Ceningan Divers sont à l'arrêt. Depuis le début d'avril, l'Indonésie a fermé ses frontières à presque tous les visiteurs étrangers, il n'y a aucun client sur l'île et personne ne peut dire quand la situation changera. Ce mois-ci, dans ce contexte, nous avons lancé edu.ceningandivers.com, un centre de formation en ligne qui offre des ateliers gratuits sur la conservation, des cours Project AWARE et le PADI eLearning.
Le concept n'est pas nouveau; l'automne dernier, nous avons présenté la façon dont nous le concevions. Ce qui a changé, c'est le moment. Il devait compléter les activités de plongée. Il constitue désormais le seul moyen pour nous d'enseigner.
Pourquoi offrir des cours gratuitement en pleine crise?
Il peut sembler paradoxal d'offrir du contenu gratuit alors que les revenus sont tombés à zéro.
L'autre option, toutefois, était de garder le silence pendant des mois. Les personnes qui ont plongé avec nous, celles qui prévoyaient venir et celles qui s'intéressent simplement à l'océan sont toutes à la maison. Beaucoup disposent de plus de temps libre qu'elles n'en ont eu depuis des années et cherchent une autre occupation que suivre les nouvelles.
Un atelier gratuit sur l'écologie des récifs, ou sur la situation réelle du plastique dans l'océan, donne aux gens une raison de revenir vers une entreprise et la maintient présente dans leur esprit. Il coûte surtout du temps, une ressource dont toutes les entreprises touristiques disposent en abondance ce printemps.
Il en va de même pour toute petite entreprise qui possède des connaissances appréciées et traverse une période creuse inévitable. L'enseignement est l'un des moyens les moins coûteux de rester visible. Un restaurant fermé peut présenter une recette. Une pourvoirie peut expliquer comment lire une carte topographique. Une jardinerie peut indiquer quoi planter en mai, un mois qui arrivera, confinement ou non. Rien de cela n'exige un studio; un téléphone et un peu d'assurance suffisent.
On ne peut pas amener les gens plonger, alors on leur parle de l'océan.
Comment l'apprentissage gratuit maintient-il le lien avec une communauté dispersée?
Une communauté de plongeurs est dispersée par nature. Les gens viennent pour une semaine, rentrent en Europe, en Australie ou au Canada, et le contact s'arrête généralement là, à part une photo sur Instagram et peut-être un message pendant les fêtes. Le centre de formation leur donne une raison de garder le contact qui n'est pas un courriel de vente.
Il peut aussi rejoindre des personnes qui ne sont jamais venues sur l'île, un avantage facile à sous-estimer. Un bon contenu gratuit sur la conservation circule. Une personne suit un atelier et le transmet à une amie qui enseigne la biologie, et le matériel se retrouve dans une classe d'un endroit dont l'entreprise n'a jamais entendu parler. Avec les écoles fermées et les parents à la recherche d'activités utiles pour leurs enfants, nous prévoyons que cela se produira plus souvent qu'on ne le pense.
Le volet certification est également offert, avec le PADI eLearning et les cours Project AWARE. Une partie de ce contenu est payante, et nous jugeons cet équilibre approprié. Le matériel gratuit bâtit la confiance, tandis que les cours payants s'adressent aux personnes qui souhaitent aller plus loin. Les apprenants peuvent faire la théorie à la maison dès maintenant et terminer la formation en eau avec nous lorsque les voyages reprendront, quel que soit le moment.
Pourquoi structurer des leçons en ligne comme un cours plutôt que comme un blogue?
C'est l'aspect pratique, et c'est celui que la plupart des entreprises négligent lorsqu'elles publient du matériel d'apprentissage en ligne.
Un blogue est un flux : le contenu le plus récent apparaît en haut et le contenu plus ancien descend. Ce format convient aux nouvelles, mais pas à l'apprentissage, car les lecteurs ne savent ni par où commencer ni quand ils ont terminé. Ils lisent un article, puis un autre qui suppose des notions qu'ils ont manquées, et ils décrochent.
Un cours a un point d'entrée clair. Il indique ce que l'apprenant saura à la fin, présente les différentes parties et propose la première. Il suit un ordre, même si les gens passent d'une section à l'autre, et il a une fin. Terminer quelque chose procure de la satisfaction, et les gens se souviennent de qui leur a offert cette expérience.
À quoi cela ressemble-t-il concrètement?
- Un titre simple pour chaque atelier, qui indique ce que l'on va apprendre, plutôt qu'un nom accrocheur.
- Des leçons regroupées pour que l'on puisse voir l'ensemble du cours avant de commencer.
- Des leçons autonomes, pour la personne qui arrive à partir d'une recherche ou d'un lien partagé.
- Des pages de cours sur leur propre sous-domaine, distinct du site de réservation, pour que l'apprentissage ne ressemble pas à un entonnoir de vente.
Ce dernier point comporte un compromis. Un site distinct est plus clair pour l'apprenant. C'est aussi un deuxième site à entretenir, et Google traite un sous-domaine un peu comme un site distinct, de sorte que le domaine principal ne reçoit pas tout le mérite du contenu de qualité. Pour la plupart des petites entreprises, nous recommandons de garder le contenu d'apprentissage sur le site principal, dans une section distincte. Dans notre situation particulière, à ce moment-ci, la séparation constitue le meilleur choix. Les deux approches se défendent.
Quels sont les risques, et quelle est l'approche à long terme?
Le premier risque est la saturation. De nombreuses entreprises lancent des initiatives en ligne ce mois-ci : diffusions en direct, visites virtuelles, événements Zoom, séances Instagram en direct chaque soir. Une grande partie est produite dans l'urgence, et nous prévoyons que peu de ces initiatives dureront au-delà de l'été. La lassitude face aux écrans s'installera, et le contenu qui n'avait de sens que pendant le confinement disparaîtra.
Nous créons donc du matériel utile avec ou sans pandémie. Les gens voulaient en apprendre sur les récifs avant le début de cette crise, et ils continueront de le vouloir par la suite. Si le centre de formation ne fonctionne qu'en raison de la fermeture, c'est qu'il aura été mal conçu.
Le deuxième risque concerne l'entretien. Un cours ne peut être lancé puis laissé à lui-même. Les liens se brisent, les plateformes modifient leurs règles et le matériel de certification est révisé. Un centre de formation en ligne est un petit produit, et tout produit a besoin d'un responsable attitré. Cinq ateliers tenus à jour valent mieux que vingt qui deviennent désuets.
Pour une petite entreprise qui possède des connaissances que les gens souhaitent acquérir, une plateforme comme la nôtre n'est pas nécessaire pour commencer. Quelques pages bien construites sur votre propre site Web de petite entreprise, présentées dans un ordre clair, avec un début et une fin, constituent déjà un cours. Nous recommandons de commencer par un seul et d'observer la réponse.