Enseigner l'ASP Lancement d'une entreprise

· 6 min de lecture

Points clés

  • L'ensemble du programme est bâti autour du projet d'entreprise de chaque élève.
  • Les trois jours de coaching par semaine comptent autant que les deux jours de classe.
  • Le plan d'affaires est l'objectif, mais la réflexion qui le sous-tend constitue le véritable travail.

Depuis six semaines, nous enseignons un programme de démarrage d'entreprise selon un horaire structuré : deux jours par semaine en classe virtuelle avec un groupe de personnes qui souhaitent toutes lancer un projet, et trois jours en appels individuels, un projet à la fois.

Le programme est l'ASP Lancement d'une entreprise, une attestation de spécialisation professionnelle de la formation professionnelle au Québec. Nous l'enseignons pour le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l'Île, au Centre de formation professionnelle Calixa-Lavallée à Montréal-Nord, et il est offert en partenariat avec Osmose Formations. Nous enseignons l'ensemble du programme, du début à la fin, et accompagnons chaque élève dans son propre projet d'entreprise.

Ce programme demeure peu connu, y compris de nous avant ce printemps. Voici donc son fonctionnement et nos premières observations.

Comment fonctionne l'ASP Lancement d'une entreprise ?

Voici d'abord les chiffres, puisqu'ils font l'objet de questions fréquentes. Le programme compte 330 heures réparties sur 12 semaines. De ces heures, 240 portent sur les compétences du métier, soit le volet affaires, et 90 sur des compétences générales. Il est offert à 100 % en ligne. Les élèves s'engagent cinq jours par semaine : deux jours de classe virtuelle avec l'enseignant et trois jours de coaching et de travail sur leur projet.

Le programme est gratuit pour les élèves et admissible à l'Aide financière aux études, prêts et bourses. Ce deuxième point est plus important qu'il n'y paraît, puisqu'une personne qui démarre une entreprise doit continuer d'assumer ses dépenses courantes, comme son loyer.

Il n'y a aucune condition d'admission : ni diplôme ni préalable. Il suffit d'avoir une idée et la volonté d'y travailler pendant trois mois. La description officielle se trouve sur la page du CFP Calixa-Lavallée sur Lancement d'une entreprise.

Le contenu couvre, à peu près dans cet ordre : l'adéquation entre l'entrepreneuriat et le profil de l'élève, le modèle d'affaires, l'étude de marché, le marketing et la vente, les outils technologiques nécessaires à une petite entreprise, la planification des ressources comme l'argent et le temps, ainsi que les aspects légaux et administratifs du démarrage et de la gestion d'une entreprise au Québec. L'ensemble mène à un plan d'affaires à la fin du programme.

Sur quoi les élèves travaillent-ils ?

Sur leur propre projet d'entreprise. C'est l'aspect le plus intéressant du programme. Il n'y a pas d'étude de cas sur une boulangerie fictive : chaque exercice s'applique au projet réel de l'élève.

Lors de l'étude de marché, les élèves étudient leur propre marché. Lorsqu'il est question de prix, il s'agit de leur prix, pour leur produit, et ils doivent le justifier. À l'étape du marketing, ils cherchent à rejoindre leur propre clientèle, avec leur propre budget, souvent proche de zéro.

Cette approche transforme la dynamique du groupe. Aucun exercice n'est fait pour la forme. Si les chiffres ne tiennent pas, c'est leur entreprise qui ne tient pas, et ils le constatent immédiatement.

Elle rend aussi l'enseignement plus exigeant. Un même groupe peut réunir un produit alimentaire, une entreprise de services, une boutique en ligne et un projet entièrement inédit. Il est impossible de préparer un exemple unique qui convienne à tous. Les jours de classe servent donc à enseigner la méthode, et les jours de coaching à l'appliquer, un projet à la fois.

Pourquoi le coaching compte-t-il autant que la classe ?

Le programme prévoit trois jours de coaching pour deux jours de classe. Ce ratio peut sembler élevé à première vue. Après six semaines, nous le considérons comme l'élément le plus judicieux du programme.

En classe, les concepts sont clairs et tout semble logique sur une diapositive. Puis, au moment de bâtir la feuille de coûts de leur entreprise, les élèves constatent qu'ils ignorent les prix de leur fournisseur, l'obligation éventuelle d'obtenir un permis ou l'identité précise de leurs acheteurs. C'est à cette étape que les difficultés surviennent, et c'est là que le coaching prend toute sa valeur.

La plupart du temps, le rôle du coach n'est pas de fournir des réponses, mais de poser la question suivante et d'indiquer où trouver la réponse : qui pourrait vous renseigner ? L'avez-vous contacté ? Qu'est-ce qui change dans votre plan si la réponse est négative ?

Notre expérience de la création de sites Web et du marketing pour d'autres entreprises, d'abord avec Raincity Studios à Vancouver, puis avec des centres de plongée en Asie, mène à un constat constant : les problèmes d'affaires se règlent rarement au cours d'une présentation. Ils se règlent lorsqu'une personne examine ses propres chiffres assez longtemps pour les évaluer avec lucidité.

La formule 100 % en ligne donne d'ailleurs de très bons résultats. Après la dernière année, l'appel vidéo est devenu courant, et les élèves peuvent suivre le cours de partout au Québec. Partager un tableur à l'écran et le corriger ensemble se révèle plus utile qu'un tableau blanc.

Quel est le rôle du plan d'affaires ?

Le plan d'affaires est l'objectif, mais la réflexion constitue le véritable travail. À la fin, chaque élève repart avec un plan d'affaires. C'est le livrable, et il est précieux : une banque, un fonds local ou un futur associé voudra le consulter.

Nous rappelons néanmoins aux élèves que le document est la partie la moins déterminante. Ce qui compte, c'est ce qu'ils ont dû comprendre pour le rédiger : qui est réellement le client, pourquoi cette personne paierait, combien coûte la prestation en tenant compte de leurs propres heures, et ce qui se passe si les ventes n'atteignent que la moitié des prévisions.

Il est possible de rédiger un plan d'affaires soigné sans répondre honnêtement à une seule de ces questions. Les gabarits le facilitent : il suffit de remplir les cases et d'ajouter quelques graphiques. Le résultat est un document attrayant et une entreprise qui n'est pas viable.

Quels outils aident les élèves ?

Voici les outils sur lesquels nous nous appuyons le plus :

  • Le Business Model Canvas, utilisé tôt, sur une seule page, avant la rédaction du moindre paragraphe du plan.
  • Un tableur simple pour les coûts et les prix, que l'élève construit lui-même afin de comprendre chaque cellule.
  • De courtes conversations avec de véritables clients potentiels. Cinq de ces conversations en apprennent davantage qu'une semaine de recherche documentaire.
  • Un document de suivi où l'élève consigne chaque décision et sa justification. Ce document devient la colonne vertébrale du plan.

Que révèle l'enseignement de l'entrepreneuriat ?

D'abord, le besoin des participants d'entendre que leur idée est bonne. Ce besoin est compréhensible : démarrer une entreprise est intimidant, et chacun souhaite être soutenu.

Ce soutien est bien réel. Toutefois, soutenir quelqu'un implique parfois de demander d'où proviendra le financement, à plusieurs reprises, jusqu'à obtenir une réponse concrète. Le rôle consiste à la fois à encourager et à vérifier rigoureusement les chiffres, et l'équilibre entre les deux demande une attention constante.

Ensuite, l'étendue des connaissances que les élèves possèdent déjà. Plusieurs ont travaillé pendant des années dans le domaine où ils souhaitent se lancer. Ils connaissent le produit et la clientèle mieux que quiconque. Ce qui leur manque, c'est généralement la structure : la fixation des prix, les formalités administratives, le marketing et le plan.

Douze semaines, c'est une période courte, mais suffisante pour passer d'une idée à un plan confronté à la réalité, à condition que l'élève fasse le travail. Observer ce cheminement, qu'il aboutisse ou non, constitue aussi une source d'apprentissage importante pour nous.

Votre entreprise mérite d'être trouvée.

Parlez-nous de votre projet. Nous vous répondons en français ou en anglais, et nous nous déplaçons partout dans la MRC de Papineau.

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