Enseigner l'entrepreneuriat avec ChatGPT dans la classe

· 6 min de lecture

Points clés

  • Utilisez l'IA pour remettre en question le plan, jamais pour le rédiger.
  • Chaque chiffre doit reposer sur une source qu'une personne peut consulter et vérifier.
  • Évaluez le raisonnement et les preuves, puisque la qualité de présentation ne coûte plus rien.

Les enseignants en entrepreneuriat constatent tous le même changement cette année : les plans d'affaires sont plus soignés, et les sections d'analyse de marché sont plus longues et plus fluides, mais bon nombre d'entre eux n'apportent presque aucun contenu.

ChatGPT est présent en classe, et ce, depuis l'hiver dernier. L'interdire n'a pas fonctionné là où on l'a tenté, et faire abstraction de sa présence est encore moins efficace.

Nous enseignons l'ASP Lancement d'une entreprise au CFP Calixa-Lavallée. Le programme se déroule en ligne sur 12 semaines, à raison de deux jours de classe virtuelle et de trois jours d'accompagnement par semaine, et chaque étudiant élabore son propre projet d'entreprise. Une grande partie de la matière correspond précisément à ce que ces outils produisent le plus facilement : plans d'affaires, descriptions de marché, énoncés de mission et plans de pitch. Cette situation a exigé plus de réflexion que prévu. L'approche présentée ci-dessous reflète notre position actuelle, qui continuera vraisemblablement d'évoluer.

Pourquoi ChatGPT et les plans d'affaires forment-ils une combinaison délicate?

Parce que la valeur d'un plan d'affaires réside dans la réflexion, et non dans le document. L'objectif du travail est le raisonnement nécessaire pour le rédiger : qui est le client? Pourquoi paierait-il? Combien cela coûte-t-il? Qu'arrive-t-il si les hypothèses se révèlent fausses?

ChatGPT peut produire le document sans aucune de cette réflexion. À la demande d'un plan d'affaires pour un café dans un petit village, il livre en moins d'une minute un plan bien structuré, avec sommaire exécutif, analyse FFOM et plan marketing. Le document se lit comme un véritable plan et contient même des chiffres, dont personne, pas même l'outil, ne connaît la provenance.

C'est le principal risque dans un cours de ce type. Le résultat a toutes les apparences de la compétence. Un apprenant peut le remettre, recevoir des commentaires raisonnables sur la présentation et ne jamais s'être demandé si quelqu'un dans ce village souhaite un autre café.

L'inverse est également vrai. Ces outils sont réellement efficaces pour une partie de ce dont les entrepreneurs ont besoin : trouver des idées de noms, réécrire un paragraphe maladroit, expliquer le seuil de rentabilité pour la cinquième fois sans impatience ou jouer le rôle d'un banquier sceptique. Écarter tout cela en raison du risque de tricherie serait une occasion manquée.

Comment utiliser l'IA dans l'élaboration d'un plan d'affaires?

Pour remettre le plan en question plutôt que pour le rédiger. Le changement le plus judicieux, selon nous, consiste à modifier le rôle de l'IA : au lieu de « rédige mon plan d'affaires », la consigne devient « mets mon plan d'affaires à l'épreuve ».

Plusieurs requêtes se prêtent bien à cet usage :

  • « Voici mon idée d'entreprise. Joue le rôle d'un conseiller en financement à la banque et pose-moi les dix questions les plus difficiles que tu poserais avant de me prêter de l'argent. »
  • « Voici mon Business Model Canvas. Quelle case est la plus faible, et pourquoi? »
  • « Nomme les hypothèses de ce plan qui, si elles sont fausses, couleraient l'entreprise. »
  • « Quels sont trois types de clients qui n'achèteraient jamais ça, et qu'est-ce qu'il faudrait pour les faire changer d'idée? »

C'est alors l'apprenant qui doit répondre. L'outil joue le rôle d'un bon mentor ou d'un investisseur exigeant, tandis que la réflexion demeure celle de l'apprenant. Cette approche est aussi beaucoup plus difficile à contourner : on ne peut fournir de réponses à des questions sur sa propre idée sans connaître cette idée.

Le Business Model Canvas se prête particulièrement bien à cette méthode. Il est court, tient sur une page, et chaque case exige une affirmation précise. Neuf affirmations s'examinent facilement une à une; un plan généré de quarante pages, beaucoup moins.

Pourquoi faut-il vérifier chaque source?

Parce que ces outils inventent des chiffres. Lorsqu'un plan affirme que « le marché local de la nourriture biologique pour animaux vaut 4 millions de dollars », la première question porte sur la provenance de ce chiffre. Lorsqu'il provient de ChatGPT, il n'existe généralement aucune réponse valable : le nombre a été généré parce qu'un nombre convenait à la phrase.

Ce phénomène est bien documenté depuis le printemps. Ces outils inventent des références, des études et des statistiques qui paraissent tout à fait crédibles. Nous recommandons une règle ferme dans tout cours de gestion : chaque chiffre doit reposer sur une source qu'une personne peut consulter et lire, comme Statistique Canada, l'Institut de la statistique du Québec, un rapport d'association sectorielle, un document municipal ou un sondage mené par l'apprenant lui-même. Tout chiffre impossible à retracer doit être retiré.

Cette pratique est tout aussi pertinente pour les propriétaires d'entreprise que pour les apprenants. Nous avons traité de l'utilisation de ces outils dans notre Guide du débutant sur ChatGPT plus tôt cette année, et la vérification est le point sur lequel nous insistons le plus. L'outil constitue un point de départ pour la recherche, jamais un substitut à celle-ci.

Que faut-il évaluer : le raisonnement ou la présentation?

Le raisonnement. C'est le changement que nous jugeons nécessaire du côté de l'évaluation.

Un plan propre et bien présenté constituait autrefois au moins un modeste indice d'effort. Ce n'est plus le cas, puisque la qualité de présentation ne coûte plus rien. Continuer de noter la présentation revient à noter l'outil.

Les éléments suivants témoignent toujours d'un véritable travail :

  • Des choix justifiés. Pourquoi ce prix plutôt qu'un autre? Pourquoi cet emplacement?
  • Des preuves recueillies sur le terrain : des entrevues, le dénombrement des concurrents sur la rue principale, des soumissions de fournisseurs.
  • Des faiblesses reconnues. Un plan qui affirme « voici la partie dont je suis le moins certain, et voici comment je la mettrais à l'essai » témoigne de plus de maturité qu'un plan où tout semble parfait.
  • La capacité d'en discuter. Une conversation de dix minutes sur un plan en révèle davantage que le plan lui-même.

Les présentations orales et les pitchs ont maintenant plus de poids. Il ne s'agit pas de prendre qui que ce soit en défaut, mais de développer une compétence dont tout entrepreneur a besoin : expliquer et défendre une idée à voix haute. Les banquiers ne lisent pas un plan pour ensuite virer les fonds; ils posent des questions.

Les détecteurs d'IA n'offrent pas non plus de solution. OpenAI a mis fin à son propre classificateur de texte IA en juillet en raison de sa faible précision. Si l'entreprise qui a conçu ChatGPT ne parvient pas à distinguer de façon fiable le texte généré par l'IA, un site gratuit qui prétend le faire mérite peu de confiance, et il ne devrait servir de fondement à aucune accusation.

Quelles orientations le milieu de l'éducation propose-t-il?

Le mois dernier, l'UNESCO a publié ses orientations pour l'IA générative dans l'éducation et la recherche (en anglais). Elle y recommande un âge minimal de 13 ans pour l'utilisation de ces outils en classe et insiste fortement sur la protection de l'agentivité humaine, c'est-à-dire sur le fait que la personne qui apprend continue de prendre les décisions. Ces orientations rejoignent étroitement l'approche que nous développions déjà dans l'enseignement du démarrage d'entreprise.

L'agentivité humaine résume bien la raison d'être d'un cours d'entrepreneuriat : former des personnes à prendre des décisions dans l'incertitude et à en assumer la responsabilité. Un outil qui prend les décisions à leur place va à l'encontre de cet objectif. Un outil qui remet leurs décisions en question et les oblige à les défendre contribue à l'atteindre.

Personne n'a encore entièrement résolu ces questions. Les enseignants apprennent en même temps que tout le monde, souvent avec un temps de retard. Les entreprises se trouvent dans la même situation avec leur propre personnel, ce qui explique pourquoi nous prévoyons une forte demande pour une formation en IA de base destinée aux petites équipes.

Selon notre analyse, d'ici quelques années, la question ne sera plus de savoir si l'IA a servi à préparer un plan d'affaires, mais si la personne qui le présente est en mesure d'en répondre.

Votre entreprise mérite d'être trouvée.

Parlez-nous de votre projet. Nous vous répondons en français ou en anglais, et nous nous déplaçons partout dans la MRC de Papineau.

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