Bali a officiellement rouvert aux touristes étrangers à la mi-octobre, et l'annonce a été largement relayée. Un fait a reçu beaucoup moins d'attention : les clients ne sont pas venus. Selon les informations disponibles, les arrivées internationales sont presque nulles. Les règles de quarantaine sont strictes, la liste des pays admis est courte, et les compagnies aériennes n'ont pas repris leurs vols dans ces conditions.
Pour les centres de plongée des petites îles au large de Bali, cette année a donc été une autre année d'attente : bateaux sur leurs bouées, bouteilles vides, loyer toujours exigible.
Le récif, lui, est toujours là et poursuit son cycle naturel, qu'il y ait des plongeurs ou non.
Qu'exige Green Fins d'un centre de plongée ?
Green Fins est une norme environnementale destinée aux exploitants de plongée et de randonnée palmée. Elle a été créée en 2004 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement et The Reef-World Foundation, et elle est appliquée aujourd'hui dans de nombreux pays. Les membres suivent un code de conduite : aucun ancrage sur le récif, interdiction de toucher ou de nourrir la faune marine, breffages complets, gestion des déchets et des produits chimiques, et formation des clients au comportement à adopter sous l'eau, ce qui est plus exigeant qu'il n'y paraît avec un bateau rempli de plongeurs enthousiastes.
Les membres sont évalués, habituellement chaque année. Le pointage mesure l'impact environnemental : plus il est bas, meilleur est le résultat. Le site de Green Fins explique le fonctionnement de la norme et présente la liste des membres par pays.
Ceningan Divers, le centre de plongée que nous avons cofondé sur Nusa Ceningan, s'est joint à Green Fins en 2018. À ce moment, nous fonctionnions déjà sans plastique à usage unique, nous organisions un nettoyage de plage chaque semaine et, la même année, nous avons construit un réservoir d'eau de pluie de 68 000 litres. La norme correspondait à nos pratiques existantes, tout en nous offrant un regard extérieur, ce qui est essentiel : il est facile de croire que l'on fait bien lorsqu'on est seul à vérifier.
Pourquoi les normes sont-elles mises à l'épreuve lorsque l'argent manque ?
Il est facile d'adopter des pratiques écologiques lorsque les affaires vont bien. L'entreprise dispose du personnel nécessaire pour un breffage plus long et peut assumer le coût des produits sans danger pour le récif, des stations de remplissage et de l'heure consacrée à un nettoyage de plage plutôt qu'à une plongée payante.
Lorsque les revenus s'arrêtent, chacune de ces mesures commence à paraître facultative.
Cette tentation est compréhensible. Lorsqu'une entreprise cherche à déterminer si elle pourra continuer de payer son personnel, revenir aux bouteilles d'eau en plastique parce qu'elles coûtent moins cher n'est pas une idée déraisonnable. Il en va de même pour le report de l'évaluation annuelle ou de l'entretien du bateau.
C'est pourquoi cette pandémie constitue un véritable test pour les écocertifications dans l'ensemble du tourisme, et pas seulement en plongée. Toute entreprise peut respecter une norme au cours d'une bonne saison. La respecter pendant près de deux ans, presque sans revenus, révèle s'il s'agissait d'une valeur ou d'un argument marketing.
Il convient de préciser que nous avons passé la pandémie à Montréal, loin de l'île. Ce billet ne décrit donc pas des activités sur le récif dont nous n'avons pas été témoins. Il présente plutôt les pratiques dont l'efficacité est connue, ainsi que les recommandations applicables à tout petit exploitant dans la même situation.
Comment maintenir la culture d'une entreprise sans clients ?
Par de petites routines. Une culture n'est pas un document de politique : c'est ce que les gens font un mardi ordinaire, lorsque personne ne les observe.
L'avantage des habitudes environnementales dans une entreprise de plongée est que plusieurs d'entre elles ne nécessitent pas de clients. Un nettoyage de plage n'en requiert pas, pas plus que le tri rigoureux des déchets, la vérification des bouées d'amarrage ou la collecte de données pour un projet de science citoyenne. Ceningan Divers mène des activités de science citoyenne avec la Marine Megafauna Foundation. Ce type de travail permet à une équipe de rester liée à la raison d'être de son métier, même lorsque l'activité elle-même est à l'arrêt.
Le Web y contribue également. En avril l'an dernier, au moment où tout fermait, Ceningan Divers a lancé un Education Centre en ligne offrant des ateliers gratuits sur la conservation, des cours Project AWARE et le PADI eLearning. Il permettait aux personnes qui ne pouvaient pas voyager de rester proches de l'océan, et du centre, depuis chez elles. Il s'agissait de l'une des initiatives les plus judicieuses qu'un petit exploitant pouvait entreprendre ce printemps-là : peu coûteuse, elle maintenait la relation avec des personnes qui souhaiteront revenir.
Recommandations pour toute petite entreprise d'écotourisme
- Choisissez les deux ou trois routines environnementales qui vous définissent et protégez-les, quelles que soient les circonstances. Renoncez au besoin aux mesures secondaires, mais pas à celles-là.
- Continuez de communiquer. De courtes nouvelles transparentes sur ce que vous faites encore ont de la valeur pour les anciens clients qui attendent de revenir.
- Restez en contact avec votre organisme de certification. Il connaît généralement ce qui est réaliste en période difficile, et il préfère avoir de vos nouvelles plutôt que de vous perdre.
Pourquoi tout documenter avant la relance ?
Selon notre analyse, lorsque le tourisme reviendra à Bali, la reprise sera rapide. Peut-être pas cet hiver, mais une fois les vols rétablis et la quarantaine levée, la demande accumulée chez les plongeurs confinés depuis deux ans sera considérable.
Les exploitants qui géreront bien cette reprise sont ceux qui mettent à profit la période calme actuelle : dossiers complets, procédures mises à jour, personnel formé et vision claire du fonctionnement souhaité lorsque les bateaux seront de nouveau pleins. Ceux qui attendront devront agir dans l'urgence, et dans ces conditions, les pratiques environnementales sont souvent les premières à être négligées.
Ce principe dépasse largement la plongée. Une période de ralentissement est le moment de consigner la façon dont les tâches sont accomplies : listes de vérification, coordonnées des fournisseurs, procédures environnementales, ce qui a fonctionné la saison précédente et ce qui n'a pas fonctionné. Lorsque les affaires reprennent, personne n'a le temps de rédiger quoi que ce soit.
Pour une petite entreprise en période creuse, c'est aussi le bon moment pour élaborer un plan pour les prochaines années, pendant que l'espace de réflexion est disponible.
Des normes qui résistent à une année sans clients en ressortent renforcées. Elles cessent d'être perçues comme un élément de brochure et deviennent l'expression de l'identité de l'entreprise, ce que les clients remarqueront à leur retour.