Les mêmes questions reviennent constamment : qu'est-ce que cet outil? Est-ce Google? Est-il vivant? Pourquoi a-t-il fourni une fausse information? Peut-on l'utiliser au travail? Est-on déjà en retard?
À un certain moment, il devient plus efficace de répondre à ces questions une fois pour toutes, par écrit. Ce travail est devenu un livre : A Beginner's Guide to ChatGPT, en anglais et en français. Il présente les origines de ChatGPT, la façon de rédiger une requête efficace, ce qu'apportent ChatGPT Plus et les nouveaux modules d'extension, les usages de l'outil en éducation, en affaires et en marketing, ainsi que les questions plus délicates de la vie privée, du droit d'auteur et de l'emploi.
Rédiger un livre sur un outil qui change toutes les deux semaines est une entreprise inhabituelle, et nous avons choisi de la mener malgré tout.
Pourquoi rédiger un guide ChatGPT pour débutants?
Parce que les débutants sont largement mal servis. Le contenu sur ChatGPT ne manque pas : des fils de discussion promettant « 100 requêtes qui vont changer votre vie », et des vidéos de personnes qui gagnent de l'argent selon des méthodes qui rappellent fortement les anciens stratagèmes d'enrichissement rapide, sous une nouvelle forme.
Ce qui manque, c'est du contenu destiné aux personnes qui ne l'ont jamais utilisé : commerçants, enseignants et employés à qui l'on a demandé « d'apprendre l'IA » sans savoir par où commencer. La plupart des contenus offerts passent directement aux techniques et supposent que le lecteur sait déjà ce qu'est une requête.
La langue est un autre facteur. À l'heure actuelle, la majeure partie du matériel de qualité est en anglais. Un lecteur francophone au Québec n'a accès, au mieux, qu'à des conseils traduits, souvent en français européen et généralement avec plusieurs mois de retard. Grâce à une édition française, les lecteurs d'ici n'ont pas à attendre la traduction de quelqu'un d'autre.
L'actualité n'éclaire pas davantage les débutants. L'autorité italienne de protection des données a bloqué ChatGPT à la fin mars. Cette semaine, OpenAI a ajouté un réglage permettant de désactiver l'historique des conversations, afin que celles-ci ne servent pas à entraîner ses modèles. Pour les nouveaux utilisateurs, ces manchettes ajoutent de la confusion : l'outil est-il dangereux, et son utilisation est-elle même permise? Les notions de base doivent venir en premier pour que tout cela ait un sens.
Pourquoi les débutants doivent-ils apprendre le vocabulaire avant les techniques?
Parce que c'est sur le vocabulaire qu'ils butent en premier. Lorsqu'on rédige un guide pratique, l'approche naturelle consiste à commencer par des conseils. Pour ce public, cet ordre est inversé.
Un lecteur qui ne sait pas ce qu'est une « requête » (souvent appelée « prompt ») ne peut pas appliquer le conseil de « rédiger de meilleures requêtes ». Un lecteur à qui l'on n'a pas expliqué que le modèle dispose d'une mémoire limitée au sein d'une conversation ne peut pas comprendre pourquoi il a oublié une information donnée vingt messages plus tôt. Un lecteur qui ne connaît pas le terme « hallucination » peut croire que la machine ment délibérément, ou qu'il a lui-même commis une erreur.
Le vocabulaire essentiel du débutant tient sur une seule fiche :
- Modèle : le système qui produit le texte, et le fait qu'il en existe plusieurs.
- Requête : ce que l'utilisateur tape, y compris tout le contexte fourni.
- Jeton (token) : les unités de texte que le modèle comptabilise, ce qui explique pourquoi les longs documents atteignent une limite.
- Fenêtre de contexte : la quantité de conversation que le modèle peut retenir à la fois.
- Hallucination : une réponse inventée, formulée avec assurance.
Une fois ces cinq termes compris, le reste de la matière s'assimile beaucoup plus facilement. Nous commençons par eux avec chaque nouvel apprenant.
Pourquoi les exemples sont-ils plus efficaces que la théorie?
Le principe « donnez-lui du contexte » peut s'expliquer en un paragraphe, et les lecteurs acquiesceront poliment. Placer une requête faible à côté d'une requête efficace, avec les deux réponses en dessous, produit une compréhension réelle.
C'est pourquoi nous privilégions les exemples concrets plutôt que la théorie. La plupart des lecteurs n'ont pas besoin de comprendre le fonctionnement interne d'un modèle de langage. Ils ont besoin de voir ce qui a été tapé, ce qui a été obtenu et la version qui fonctionne.
Le travail en deux langues ajoute une difficulté. Un exemple qui fonctionne en anglais ne fonctionne pas toujours en français. L'humour ne se traduit pas toujours, et un exemple d'affaires situé en Californie a peu de pertinence pour un lecteur de Rimouski. Les exemples destinés aux lecteurs francophones doivent être rédigés pour eux, et non simplement transposés.
Comment un livre sur l'IA peut-il rester utile lorsque l'outil change chaque mois?
Le principal défi d'un livre sur ChatGPT tient au fait que l'outil continue de changer pendant la rédaction. GPT-4 a été lancé en mars, en pleine rédaction. Les modules d'extension (plugins) ont été annoncés environ une semaine plus tard, et la plupart des utilisateurs n'y ont toujours pas accès. Des fonctions apparaissent, changent de nom et passent derrière le mur payant de Plus.
Chaque capture d'écran devient désuète en quelques semaines, et toute phrase commençant par « Actuellement, ChatGPT peut... » a une durée de vie limitée.
Nos conclusions, qui s'appliquent à quiconque écrit sur un outil en évolution rapide, sont les suivantes.
Publier rapidement. Attendre que la technologie se stabilise revient à ne jamais publier. Les personnes qui ont besoin d'être guidées en ont besoin ce printemps, et non l'an prochain.
Écrire pour le lecteur, et non pour la version. Les sections appelées à demeurer pertinentes portent sur les pratiques : comment formuler une demande claire, comment vérifier une réponse et pourquoi il ne faut pas coller de renseignements privés. Celles qui vieilliront portent sur les boutons de l'interface.
Mettre à jour ensuite. Le livre numérique et l'impression à la demande le permettent d'une façon qui n'était pas possible il y a vingt ans. Un guide portant sur une cible mouvante doit être traité davantage comme un site Web que comme un livre : une ressource que l'on revisite et que l'on corrige.
Quel contenu demeure utile le plus longtemps?
Le contenu qui porte sur les pratiques plutôt que sur les interfaces. Les pages les plus susceptibles de rester utiles dans quelques années sont celles qui traitent de la façon de réfléchir avec ces outils, avec très peu d'indications sur l'endroit où cliquer.
Ce principe dépasse largement le cadre des livres. Une page d'aide, une FAQ ou un document de formation d'entreprise est plus efficace lorsque le « pourquoi » est séparé du « quel bouton », puisque le bouton changera de place. Pour les entreprises qui ont besoin de ce type de texte clair dans les deux langues pour leur propre clientèle, nous recommandons une véritable rédaction bilingue plutôt qu'une traduction automatique de la version anglaise.
Les débutants sont beaucoup plus nombreux que le milieu technologique ne le suppose généralement. Ils n'ont pas besoin d'une autre liste de requêtes. Ils ont besoin d'explications claires sur le vocabulaire, d'un bon exemple et de l'assurance que le scepticisme est approprié.